Auteur/autrice : Lola Pirlet

Ancien Hôtel Desclée : plus de que de l’art, une architecture d’exception (partie 3)

L’édifice choisi afin de présenter notre exposition « Posters Now » n’est pas anodin. En effet, les murs à l’intérieur desquels se nichent les affiches produites par 43 artistes belges et étrangers, n’est autre que l’ancienne propriété d’Henri Desclée, célèbre famille d’éditeurs et imprimeurs tournaisienne. Ce lieu d’une grande richesse architecturale possède une histoire qui, sans aucun doute, mérite d’être dévoilée.

Néoclassique vs néogothique

Alors que sa maison personnelle est d’un style néoclassique très reconnaissable, l’entrepreneur Henri Desclée possédait plutôt un goût pour le néogothique, dont il fut un grand promoteur.

Le siège social de l’entreprise familiale se trouvant non loin de son hôtel particulier, est d’ailleurs un bâtiment de style néogothique (19 rue Saint-Jacques). À l’image des imprimeries Saint-Jean l’Évangéliste (Tournai) et Desclée-De Brouwer (Bruges) qui avaient pour objet de valoriser l’art chrétien dans les publications liturgiques, l’homme d’affaires va amplifier sa passion pour le mouvement néogothique en contribuant à la rénovation de l’église Saint-Jacques.

Tout en conservant le caractère gothique de l’édifice, le mobilier, les peintures murales et les vitraux ont subi restaurations interventionnistes et remplacements dans le style néogothique. La famille Desclée a par ailleurs soutenu la fondation de l’Institut Saint-Luc (1877) et la construction de l’abbaye de Maredsous (1872), de style, eux aussi, complètement néogothique.

Même s’il est décédé à Maredsous, Henri Desclée a vécu la majeure partie de sa vie dans son majestueux hôtel tournaisien. Alors, en nous rendant visite, regardez bien autour de vous. Un voyage dans le temps pourrait se cacher derrière nos œuvres d’art.

Le saviez-vous ?

L’hôtel Desclée possède des traces de la première guerre mondiale. Dans le jardin de la demeure patricienne réquisitionnée par l’armée allemande, se cache un bunker, créé en 1917. Son but était de protéger le kaiser Guillaume II et ses proches en cas de danger. Il semblerait qu’il était à l’époque possible de s’y réfugier via un passage dissimulé dans la cheminée d’une pièce de la maison, au rez-de-chaussée !

Ancien Hôtel Desclée : plus de que de l’art, une architecture d’exception (partie 2)

L’édifice choisi afin de présenter notre exposition « Posters Now » n’est pas anodin. En effet, les murs à l’intérieur desquels se nichent les affiches produites par 43 artistes belges et étrangers, n’est autre que l’ancienne propriété d’Henri Desclée, célèbre famille d’éditeurs et imprimeurs tournaisienne. Ce lieu d’une grande richesse architecturale possède une histoire qui, sans aucun doute, mérite d’être dévoilée.

Une demeure exceptionnelle. Entre allure vétuste et nouveauté

L’hôtel Desclée date de la première moitié du XIXème siècle, époque durant laquelle la mode était de remettre aux goûts du jour les styles architecturaux anciens.

C’est ainsi que le néoclassique et le néogothique se sont surtout imposés à Tournai. Contrairement au caractère austère de l’architecture néogothique, le néoclassicisme offre confort, luminosité, hautes fenêtres, formes géométriques… Des éléments caractéristiques du style dont le but principal était de donner l’idée de grandeur aux hôtels de maître, dont fait partie celui d’Henri Desclée.

La fortune de ce dernier provenait de son entreprise florissante, ainsi que de son héritage ; la première génération Desclée possédait en effet plusieurs usines de renom, dont une société d’éclairage public par le gaz (Roubaix, Tourcoing, la Société d’éditions Saint-Jean l’Évangéliste (Tournai). Démontrant la richesse de son propriétaire, l’imposante demeure d’Henri Desclée s’ouvre sur une superbe cour circulaire.

Offrant un jeu de perspective qui amène le regard sur le pavillon central, elle est ornée de nombreux pilastres ioniques (que l’on retrouve par ailleurs à l’intérieur du bâtiment). Elle se divise en deux parties accusant une pure symétrie. Les murs sont entièrement enduits de couleur blanche et agrémentés de nombreuses hautes fenêtres cintrées.

Le saviez-vous ?

Pour respecter le principe de symétrie caractéristique de l’architecture néoclassique, une des deux façades de la cour n’est autre qu’un mur plein enduit et décoré de pilastres et de fausses portes et fenêtres. Cet étonnant trompe-l’oeil vise à créer un effet miroir avec la façade d’en face qui, elle, cache l’ancienne écurie de l’hôtel Desclée.

Ancien Hôtel Desclée : plus que de l’art, une architecture d’exception (partie 1)

Dans le cadre de “Posters Now”, nous avons le privilège de disposer provisoirement de l’ancien hôtel Desclée.

L’édifice choisi afin de présenter notre exposition « Posters Now » n’est pas anodin.
En effet, les murs à l’intérieur desquels se nichent les affiches produites par 43 artistes belges et étrangers, n’est autre que l’ancienne propriété d’Henri Desclée, célèbre famille d’éditeurs et imprimeurs tournaisienne.
Ce lieu d’une grande richesse architecturale possède une histoire qui, sans aucun doute, mérite d’être dévoilée.


Une position stratégique


Erigé vers 1830, cet hôtel de maître a été construit pour le baron del Fosse et d’Espierres qui, vraisemblablement, n’y a jamais élu résidence. Acquis des années plus tard par Henri Desclée (1830-1917) et sa famille, l’immeuble semblait être un lieu de vie idéal. Assurément pour sa beauté, mais également pour son emplacement au centre du quartier Saint-Jacques, partie de la ville en plein développement.

Le nouveau propriétaire faisait partie d’une des deux plus grandes familles d’imprimeurs de la ville, l’autre dynastie étant celle des Casterman. Le baron Desclée était à la tête de la Société Saint-Jean-Évangéliste, dont les lieux de production se trouvaient à proximité de son domicile.

Ce quartier aisé avait été en partie rénové au début du XIXème siècle, attirant la bourgeoisie tournaisienne. Celle-ci se déplaçait en calèche comme le démontrent les nombreuses portes cochères visibles à front de rue.

Le saviez-vous ?

Le tympan situé au-dessus de la grande porte cochère colorée de l’hôtel Desclée est truffé de flèches qui forment un demi-cercle doté de “rayons de soleil”. Rappelant les outils du martyre de saint Sébastien, les flèches sont censées protéger la maison et éloigner le mal, la maladie ou l’intrus.

Atelier “Super Chemin” avec Camille Nicolle

Atelier de construction et d’impression pour les enfants entre 8 et 12 ans

Une centaine de pièces (en bois, caoutchouc, liège), du papier, des encres, une presse taille-douce. C’est à toi de jouer !

Tu peux assembler des pièces par matières, couleurs ou formes.

Emprunter des chemins, ouvrir des voies, déplacer des montagnes, construire des ponts.

Aller du point A au point B. Faire des tours et des détours. Ou ne pas y aller par 4 chemins. Circuler librement.

Composer des mots — pneu, feu, fumée…Ou tous ceux auxquels tu penses. Les faire deviner. Croiser des mots et en même temps construire des paysages.

Regarder, toucher, déplacer sans règle aucune. Faire aussi tout autre chose. Ou ne rien faire du tout.

À toi de te raconter des histoires.

Informations pratiques

Dates : 18 avril
Horaires : 10h
Durée : 1h30
Pour les enfants entre 8 et 12 ans
Prix : 8 €
Lieu : rue Saint-Jacques 11 – 7500 Tournai
9 enfants maximum

Site de Camille Nicolle

Circulez il n’y a rien à voir au Quartier Saint-Jacques

Découvrez le quartier Saint-Jacques et son petit patrimoine !

Visite commentée par Jacky Legge (en collaboration avec la Maison de la Culture de Tournai)

Repérer un boulet de canon figé dans le mur de la nef de Saint-Jacques, longer un empêche-pipi, admirer une tirette de sonnette et un gratte-pied singulier, autant de découvertes qui rendent attachant un quartier ancien !

La paroisse Saint-Jacques a été relativement épargnée des bombardements allemands de mai 1940. Les styles se juxtaposent harmonieusement : le gothique, le traditionnel, le louisquatorzien, les néoclassique et néogothique, le contemporain. Une promenade qui marie beautés et surprises.

Informations pratiques

Dates : 30 mai
Horaire : 10h30
Durée : 1h15
Départ : Rue Saint-Jacques 11
7500 Tournai
Prix : 8€ (5€ > de 12 ans)
25 personnes maximum

Stage pour enfants – Vacances de Pâques

Intersections en collaboration avec l’asbl MômA vous propose des stages pour enfants pendant les vacances de Pâques

“Ouvre la porte et imprime ton univers”

Stage créatif pour les enfants de 3 et 4 ans du 5 au 9 avril

Pour cette semaine de stage, MômA voit les choses en grand et propose à vos enfants de construire tout un petit univers.
Dans une grande pièce, une maison en bois qui leur appartient et qu’ils vont pouvoir façonner comme ils l’imaginent.

Peinture, impressions, tampons, encre et caractères d’imprimerie seront au rendez-vous pour donner vie à leur petit foyer éphémère.
A vos enfants de créer ! Ensemble, ils détermineront l’ambiance, le style et la destinée de leur petit habitat !

Horaires : 9h – 16h
Accueil dès 7h30 et garderie jusqu’à 17h30

Prix : 95€ la semaine

Lieu : Rue Saint-Jacques 11 – 7500 Tournai


“Rendez-vous dans mon univers”

Stage créatif pour les enfants de 5 et 6 ans du 12 au 16 avril

Les affiches sont partout autour de nous. Dans la rue, sur les portes des magasins, dans l’entrée des écoles,…

Inspirons-nous des grandes images qui nous entourent et recréons-les à notre sauce. Qui n’a jamais eu envie d’être dans la peau d’un héros de dessin animé ou de se promener dans les paysages d’un décor de western ou d’une île déserte?

Avec différents outils tels que des accessoires, des fonds, un appareil photo et notre imagination, nous allons repenser des affiches célèbres et jouer le personnage principal de notre aventure ! 

Horaires : 9h – 16h
Accueil dès 7h30 et garderie jusqu’à 17h30

Prix : 95€ la semaine

Lieu : Rue Saint-Jacques 11 – 7500 Tournai

Cliquez ici pour savoir comment se déroule une journée type avec MômA

Cliquez ici pour connaître le projet pédagogique de Môma

Interview du jury – Xavier Michel

Plasticien, designer et imprimeur d’art, fondateur du studio de créations imprimées « Au Chiffon d’Encre ».

  • Peux-tu te présenter, ainsi que le travail que tu fais?

Xavier Michel, plasticien, designer et imprimeur d’art fondateur du studio de créations imprimées « Au Chiffon d’Encre ».

Plasticien car j’ai toute une approche et des recherches en art plastique, en travaillant essentiellement sur l’image imprimée sur multiple.

Designer car j’ai une spécialisation en, ce que moi je nommerais, le design imprimé c’est à dire l’intégration au design graphique de tout le matériel lié à l’image imprimée tant ancien qu’actuel et qui est utilisé directement à des fins de conception et non pas à des fins d’exécution. L’idée est de travailler l’image imprimée en tant que moyen à part entière, en tant qu’écriture, en tant qu’élément graphique en tant que tel.

Imprimeur d’art car j’accompagne aussi des projets au niveau artistique pour des designer et des plasticiens ou des particuliers. On réalise ensemble l’impression soit d’œuvre d’art plastique soit des conceptions de design graphique qui demandent un accompagnement.
Le travail de l’image imprimée ce n’est pas que de l’off set, ce n’est pas que du numérique, il y a aussi la typo, la litho, la gravure et d’autres… l’ensemble des médiums peuvent amener quelque chose et un propos cohérent à la recherche du plasticien ou du designer.

L’impression fait partie de l’œuvre.

  • Quel a été ton parcours, tes formations, tes expériences professionnels qui ont mené à ce que tu fais aujourd’hui ?

Depuis que je suis tout petit, je suis intéressé par la science. Quand j’étais en primaire, je voulais devenir paléontologue, j’étais passionné par la préhistoire.

Puis petit à petit, par le biais des hasards, vers 12/13 ans, j’ai commencé à faire de l’ornithologie. En faisant ça, j’ai commencé à dessiner, à croquer des oiseaux. Vers 13/14 ans, très fier de moi, un peu trop sans doute, avec une farde et des planches que j’avais réalisées, j’ai été dans une petite association ornithologique à Bruxelles pour leur présenter mes travaux et demander s’ils avaient besoin de quelqu’un pour illustrer leur revue.
Ils m’ont regardé avec un grand sourire, mais ils ont été très chouette car ils m’ont expliqué qu’il y avait un peintre animalier dans le quartier, Eric Daniels, qui réalisait notamment quelques timbres postes animaliers. J’ai alors commencé à travailler dans son atelier et j’ai appris à peindre des animaux de manière illustrative et scientifique, poil par poil, plume par plume…
C’est comme ça que j’ai commencé à vraiment dessiner.

Pour la petite anecdote, lui-même ne vivait pas de ce travail, c’était juste une passion, il était en réalité inspecteur de police. On avait donc monté un atelier de peinture dans les greniers du commissariat de police à Jette.

J’ai toujours continué l’ornithologie, continué à dessiner des oiseaux et puis vers 18 ans, j’ai été en humanité artistique, à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles avec plein d’illustrations d’oiseaux en tête, mais ça m’a ouvert d’autres portes, un questionnement, un cheminement et j’y ai rencontré des profs très intéressants qui m’ont permis de me développer.

Parmi ces rencontres, il y en a une qui m’a marquée particulièrement, avec mon professeur de dessin en humanité, Roger Dewint. A la fin de mes humanités artistiques, j’hésitais entre le dessin ou la peinture monumentale, car le travail en très grand format m’intéressait énormément.

A la fin de mes humanités, je suis allé voir Roger Dewint en lui faisant part de mon hésitation, il m’a répondu « Viens à mon cours de gravure qui pourrait répondre à cette double envie car il y a un rapport au trait comme dans le dessin, sauf qu’on appelle ça une taille, et pour le rapport à la couleur et au grand format de la peinture monumentale, cela peut aussi se retrouver en gravure ».

Et donc je me retrouve dans cet atelier de gravure pour faire mes supérieures artistiques en ne sachant absolument pas ce que c’était que la gravure. Et quelque part j’en suis très content, car c’était justement ça qui m’intéressait plus, de découvrir cette nouvelle technique et pouvoir me réapproprier ce médium.

Donc j’ai fini mes études artistiques en gravure, lithographie et image imprimée.

En même temps qu’en étant étudiant à l’académie, je faisais des cours du soir en sculpture car le volume m’intéressait aussi énormément.

Je faisais aussi des cours du soir en infographie (premier cours du soir en infographie à Saint Luc à Bruxelles) pendant 2 ans. Par contre, je n’aimais pas les claviers d’ordinateur car il me manquait le travail de la matière par rapport à la gravure et la sculpture.
J’ai mis ça pour un temps entre parenthèse.

Premier job, je travaillais pour une société d’étude ornithologique et je faisais de l’animation nature et de la conception graphique : panneaux didactiques, feuilles de publications, revue de vulgarisation scientifique.

Puis, j’ai obtenu un poste d’assistant à l’Académie de Bruxelles pour le cours de gravure et image imprimée et parallèlement à ça je donnais des cours du soir à l’institut La Parure à Bruxelles en gravure – bijouterie (graveur buriniste).

J’ai aussi donné cours à l’Académie de Woluwe en gravure-lithographie.

Et puis je suis devenu titulaire en gravure à l’Académie de Bruxelles pendant de nombreuses années.

Et enfin, je suis passé à autre chose, pour créer la structure, Au Chiffon d’encre, atelier multidisciplinaire consacré à l’image imprimée.
Ce qui passe à l’atelier va de l’accompagnement de projet artistique pour des expo pour des musées, en passant par la réalisation de cartes de visite, conception graphique de logo et d’identité visuelle axée au niveau du print et aussi des livres d’artistes, des livres-objets, des boitiers cd collector…

La démarche plastique m’amène à la réflexion dans mes conceptions graphiques : qu’est-ce qu’une ligne, un trait, un pli, une charnière, une taille, une trame, un pixel et leurs différentes fonctions. Tout s’hybride et se mélange.

C’est important d’avoir une partie travail en tant que plasticien et une partie travail en tant que designer car l’un questionne l’autre.

  • Quel lien entretiens-tu avec les artistes, est-ce qu’on peut parler d’une création commune d’une œuvre ?

J’utilise souvent le terme : « à main multiple ».

Je suis très attaché à la pédagogie, quand on enseigne : c’est un échange, on transmet quelque chose mais on en reçoit également.

Lors de travaux avec un plasticien ou un designer, c’est pareil. Ils arrivent souvent à l’atelier en demandant si l’on peut « reproduire » leur création. Mon travail consiste à les accompagner. On requestionne le projet, on remet en question la démarche, c’est là que les déplacements s’opèrent. Il y a vraiment un échange.

Même si c’est imprimer pour quelqu’un, en réalité il y a un dialogue très riche.

Cette relation n’est pas neuve : Déjà, Félicien Rops entretenait une relation particulière avec son imprimeur pour « Pornocratès ».

Par exemple, avec un groupe de musique : j’avais reçu toutes les bandes sons d’un côté, tous les textes d’un autre, et puis on amène des propositions qui doivent être cohérente entre propos, médium, support d’impression pour que tout cela s’articule.

  • Tu as un atelier très particulier, avec pas mal d’anciennes machines. Quelles différentes techniques utilises-tu ?

La particularité de l’atelier, c’est que les presses d’imprimerie sont directement dans l’atelier et donc on ne travaille pas que via l’ordinateur, on peut expérimenter directement les impressions sur les presses.

On peut prendre les caractères de plombs, un morceau de bois ou de métal et graver dedans, on imprime et on voit directement ce que ça donne. On prend une prise de vue, on rescanne, on retravaille de manière numérique, ça va générer une nouvelle matrice, et ainsi de suite, le travail évolue au gré des recherches. Pour moi, les presses d’imprimerie ne sont pas que des machines de (re)production, ce sont surtout des outils qui contribuent à la création, à des écritures singulières. Ce sont ni plus ni moins de gros crayon ou de gros pinceaux au service de la création.

Le processus de l’image imprimée arrive donc dès le départ dans le processus de création.

La presse typo me tient à cœur, car j’ai l’impression que c’est un peu le tout chemin de l’image imprimée, on peut travailler sur la pression, travailler à l’encre et amener les questions de superposition, d’opacité, de transparence, on peut travailler sur plein de supports papier différents, qui réagissent de manières différentes.

Une autre presse typo de l’atelier est équipée d’un groupe de marquage à chaud monté dessus ce qui permet de faire tout ce qui est dorure holographique, impression métallique…
Les films holographiques sont beaucoup utilisés pour tout ce qui est sécurisation de document, éviter la falsification de document, je travaille aussi sur ça.

Sur les presses typo on sait aussi faire tout ce qui est travail de découpe à la forme et tout ce qui est travail de plis.

Les plasticiens découvrent ces différents matériaux et les requestionnent aussi. On va amener une autre dimension encore, comment les utiliser à des fins graphiques.

Ici je travaille avec une presse Heidelberg, une platine Heidelberg et une presse à épreuve FAG.

Les connaissances des procédés anciens permettent de questionner les procédés actuels, et la connaissance des procédés contemporains permet de remettre en question les procédés anciens. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas une forme de nostalgie par rapport aux procédés anciens, mais qu’est-ce qu’on fait avec ces outils. Comprendre le fonctionnement de chaque machine pour pouvoir en repousser les limites et en expérimenter toutes les possibilités.

  • Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

Durant cette période de confinement, nous avons travaillé à plusieurs avec Olivier Deprez (qui travaille le bois gravé et possède un atelier mobile), Roby Comblain (plasticien et il imprime de la xylogravure, impression relief sur presse eau forte) et moi-même pour monter une structure commune, qui s’appelle « multiple de 3 ».

Nous avons chacun des questionnements différents par rapport à l’image imprimée c’est ça qui était intéressant à rassembler.  Nous avons notamment la volonté de mettre en place la possibilité d’organiser des expositions. Nous avons créé un site internet, en éternel développement, qui permet notamment la vente d’œuvre en passant par l’édition à venir d’un essai (philosophie de l’art) tout en y intégrant la revue « HOLZ » (Olivier Deprez / Roby Comblain) au projet.

J’ai également un projet d’édition de livre-objet, avec Blaise Dehon qui est illustrateur et qui travaille notamment pour la Libre Belgique.
Un travail sur un élément narratif qui se passe dans les années 50-60 en Afrique centrale.

  • Pour toi, quelles caractéristiques, quelles contraintes et quelles libertés offre le format de l’affiche ?

Qu’est-ce que quelque chose de grand ? Qu’est-ce que quelque chose de petit ?

Certes il y a le format, mais selon la façon dont on dispose les éléments, dont on forme la composition et bien on peut donner une sensation de grandeur sur une pièce qui est toute petite, et une sensation de petitesse dans un format très grand.

Avec une affiche, on se retrouve généralement avec des dimensions importantes et pour l’articuler tout dépend du message qu’on veut faire passer, de ce qu’on veut ou doit faire dire à l’affiche.

Je trouve que c’est source de questionnement sur comment l’affiche est-elle mise dans l’espace, à quel environnement est-elle destinée : sur un mur, dans un abribus avec rétroéclairage ?
Par exemple, que va amener ce rétroéclairage ? Normalement une affiche, c’est juste un recto, mais en même temps si elle est pliée, ça peut devenir encore autre chose, il peut y avoir une information au dos, si on travaille avec un rétroéclairage cette information au dos peut transparaitre, cela peut être intéressant aussi…

Souvent l’affiche répond à une commande et il est intéressant de constater qu’au plus il y a des contraintes, au plus on peut imaginer de s’en échapper. Ce qui m’intéresse c’est de voir comment on réagit à une contrainte, quelles sont les échappatoires qu’on peut trouver face à ces contraintes. Les stratégies qu’on peut mettre en place pour zigzaguer face à une contrainte. Comment on interprète la commande, comme la transformer, prendre de la distance, de la liberté.

Questions / Réponses

  • Un mot pour définir ton travail?

Multiple

  • Un mot pour définir de design graphique

Propos(er)

  • Un artiste qui t’inspire

La musique, le son m’inspirent fortement. Là, maintenant : Underviewer (groupe pour lequel j’ai créé et imprimé sur presse typo une pochette d’album). C’est un groupe composé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer, tous deux membres de Front 242, un groupe que j’écoute depuis que je suis ado.

  • Une oeuvre que tu gardes en mémoire

Pour l’émotion qu’elle m’a procuré : les Nymphéas de Monet à l’Orangerie.

  • Un lieu important pour toi

Etre dehors.

Interview du jury – Bruno Robbe

Editeur

  • Peux-tu nous parler de ton parcours personnel (études, famille,… )

J’ai étudié au Carré des arts à Mons et dans l’atelier de mon grand-père Arthur Robbe. J’ai également fréquenté quelques ateliers à Paris, au Québec, en Italie et dans le sud de la France. 

  • Ton atelier à Frameries est devenu un lieu incontournable pour beaucoup d’artistes belges et étrangers, présente-nous ton travail dans la lithographie, ta maison d’édition, tes projets actuels et à venir.

Depuis 1996, j’ai repris la succession de l’atelier de mon grand-père Arthur Robbe en perpétuant les techniques de la lithographie et de l’estampe en général en y introduisant des moyens plus contemporains comme l’alugraphie et l’impression pigmentaire.

J’y accueille de nombreux artistes belges et étrangers tels que Adel Abdessemed, Priscilla Beccari, Charley Case, Jacques Charlier, Edith Dekindt, Perter Downsbrough, Luciano Fabro, Michel François, Ann Veronica Janssens, Walter Swennen, Lawrence Weiner, pour n’en citer que quelques-uns. Ils viennent y travailler pour des galeries, musées ou pour mes propres éditions.

En ce moment, je suis occupé à préparer de nouveaux projets avec François Curlet et le guitariste Rodolphe Burger, avec Raphaël Decoster et Emilio Lopez Menchero. Matt Mullican est aussi venu récemment réaliser une estampe dans le cadre de son exposition monographique au Mac’s.

Nous sommes également occupés à revoir les espaces de l’atelier, en vue d’agrandir les lieux pour accueillir de nouvelles techniques, accueillir des expositions et pouvoir loger les artistes. L’ouverture de cet espace est prévue pour septembre prochain.

  • Peux-tu nous présenter en quelques mots la technique de la lithographie : caractéristiques, pratiques, particularités, temporalité…

La lithographie est une technique mise au point il y a deux siècles. Elle est basée sur le principe de répulsion du gras et de l’eau. L’artiste réalise directement à même la pierre un dessin à l’aide d’une encre grasse.

Ce dessin pourra ensuite être imprimé sur le papier, en plusieurs exemplaires et avec le respect de toutes les valeurs et densités que le dessin comporte.

Cette technique est toujours très précieuse pour les propriétés singulières qu’elle présente, comme la grande subtilité des matières et la profondeur des couleurs.

  • Quels liens entretiens-tu avec les artistes qui passent par ton atelier ?

Le travail avec les artistes nécessite une grande complicité et une compréhension de leur travail. Il s’agit non seulement de respecter au mieux leurs exigences par rapport à une technique parfois nouvelle pour eux mais aussi d’interpréter au mieux la sensibilité et les intentions que représentent leur travail.

  • Pour faire le lien avec notre exposition « Posters Now ? », selon toi quelle place, quelles caractéristiques, quelles libertés ou contraintes peut avoir le format de l’affiche dans le travail d’un artiste, d’un graphiste ?

L’affiche est un support très particulier en matière de création. Elle représente un espace dans lequel l’artiste va s’exprimer en vue de communiquer et de faire passer une intention qui doit être lue et vue de manière évidente. Pour cela interviennent la qualité et la pertinence de l’idée et du dessin, le choix judicieux de la typographie et la qualité d’exécution lors de l’impression.

Questions/Réponses

  • Un mot pour définir ton travail ? 

La rencontre

  • Un mot pour définir de design graphique ?

Pertinent

  • Un artiste qui t’inspire ? 

Il y en a énormément mais pour tenter de répondre à la question et rester dans l’univers de l’atelier, je dirais celui avec qui je travaille au moment présent.

  • Une œuvre que tu gardes en mémoire ?

Là aussi, c’est très difficile de choisir. Je suis tellement entouré d’œuvres. Cela dépend de mon humeur, de mes recherches et des préoccupations du moment. Je pense cependant à la toute première commande qui me fût confiée à la reprise de l’atelier. Il s’agissait d’un travail pour l’artiste anglais David Tremlett. L’estampe était constituée d’une vingtaine de passages couleurs. Un véritable chalenge à mener dans un délai assez serré. J’y ai passé quelques nuits blanches, avec une multitude d’interrogations et face à une machine que je ne connaissais pas encore bien. Je me souviens que j’étais obsédé par ce défi qui fût heureusement une très belle réussite. Tremlett était enchanté et cette aventure m’aura sans doute encouragé pour toutes les autres rencontres à venir.

  • Un lieu important pour toi ? 

Pour rester purement dans le contexte de mon travail, je dirais la cuisine de mon atelier. C’est un endroit où les journées démarrent, où les projets se mettent en place et un lieu de réjouissance une fois le travail bien accompli.

https://www.brunorobbe.com/

Interview du jury – Camille Nicolle

Artiste, graphiste

  • Peux-tu nous raconter ton parcours personnel, ta formation et comment es-tu arrivée à Tournai ?

Je suis née en Bourgogne.

J’ai, d’abord, fait un bac économique et social à Lyon, puis durant 3 ans, une école d’arts appliqués (qui a fusionné en cours de route avec l’Ecole Nationale des Beaux-Arts) en graphisme et typographie.

Pendant que j’étais à l’école, j’ai fait plusieurs stages dans des maisons d’édition. J’étais déjà très intéressée par le graphisme et le livre.

J’ai effectué un stage aux éditions Esperluète, du côté de Namur et puis à la 5ème Couche à Bruxelles, chez Drozophile à Genève. J’ai également fait un stage au studio Folimage à Valence, un studio d’animation. J’étais curieuse de découvrir les rouages, la fabrique.

J’ai découvert les éditions Esperluète dans un salon du livre. Leurs livres m’ont touché tant par leurs formes que par leurs contenus. En 2005, je leur ai donc proposé ma candidature pour effectuer un stage chez eux.

Comme on s’est bien entendu, Anne Leloup, la directrice m’a proposé de terminer ma formation et de m’embaucher. Je me suis donc installée à Bruxelles et j’ai commencé par travailler un jour par semaine là-bas, puis à mi-temps, pendant cinq ans.

Pendant l’autre mi-temps, j’ai repris une formation à l’Académie Royale des Beaux-Arts à Bruxelles en illustration, pour travailler le rapport texte/image. Pas seulement la forme, mais aussi et d’abord : la narration. Une image oui, mais pourquoi ? Qu’est-ce que je raconte ? Comment ? L’apprentissage fut passionnant.

Puis, après sept années à Bruxelles, je me suis mise à rêver d’espace, d’atelier collectif, de résidence, d’aller voir ailleurs… Une résidence en Equateur, une autre dans le Morvan en France et je démissionne des éditions Esperluète.

Je reprends une formation aux Arts Décoratifs à Strasbourg, pendant un an, une semaine par mois. Le reste du temps, j’étais en résidence en Bourgogne.
C’était au « Centre de Formation pour Plasticiens Intervenants » : on y aborde des questions de pédagogie, de création, d’atelier, pour arriver à transmettre notre démarche de travail à un public. C’était riche de rencontres, de partages d’expériences. Nous étions une dizaine à suivre la formation, tout âges et disciplines confondus, avec des trajectoires très différentes. Philosophes, psychologues, artistes venaient parler des publics, de leurs démarches. Ça m’a amené à avoir une réflexion sur ma pratique, à mieux voir comment je la partage avec d’autres, à recontextualiser mon travail dans une histoire.

Après ça, je rêvais toujours d’un grand atelier pour imprimer, dessiner… C’est comme ça que je suis arrivée dans le Hainaut, dans une ferme, avec deux amis, puis trois et quatre.
Deux ans après, on a rendu les clés et depuis lors, je suis ici, à Tournai, le long de l’Escaut, dans mon atelier, qui est aussi mon logement.

Aujourd’hui, je partage mon temps entre graphisme, illustration, écriture, scénographie et des ateliers de temps en temps.

  • Sur quoi travailles-tu en ce moment, quels sont tes projets à venir ?

En ce moment, c’est quand même vraiment spécial. Pendant le 1er confinement, ce n’était pas facile, mais c’était clair :  tout était à l’arrêt. En même temps, j’avais la chance d’être dans mon atelier.

Mais maintenant, ça reprend vaguement, ça hésite… Trois pas en avant, un en arrière. Ça me donne la sensation (pas très agréable) d’être suspendue et de ne pas avoir beaucoup de prises.

En tout cas, je me rends vraiment compte que c’est important pour moi de construire des projets avec d’autres, d’échanger différentes manières de voir, de découvrir d’autres façons de faire. Sortir de l’atelier pour mieux y revenir. C’est ce qui me donne de l’élan.

Concrètement, je passe du temps, à développer ou transformer des projets qui auraient dû avoir lieu au printemps, qui ont été annulés puis postposés, puis annulés à nouveau.

Je co-organise, avec Hugo Fontaine, un festival de poésie, « Poésie Moteur » dont c’est la quatrième édition cette année. Je conçois la programmation avec Hugo et puis je m’occupe de tout ce qui est communication (papier) et d’une petite librairie. Nous avons dû transformer le projet qui avant se tenait durant deux jours à Vitrine Fraiche dans le piétonnier. Cette année ce sera 4 samedis, un samedi par mois, avec une jauge de 50 personnes.

D’autre part, je suis en train de concevoir une série d’ateliers autour du tricentenaire de la découverte du charbon pour Le Quartier, centre des arts plastiques à Fresnes-sur-Escaut, à côté de Valenciennes. Dans ce cadre je m’intéresse au sol et au sous-sol. Là où nous posons nos pieds chaque jour sans y prêter attention. J’ai envie d’explorer différentes matières. Je me documente au centre minier à Lewarde. Ce projet aussi a changé de forme. Une exposition aura lieu au mois de janvier avec Marie Garde, amie designer textile et sérigraphe, à Lille.

Je travaille également sur trois projets de livres :

  • Un album pour les petits, un jeu d’équilibre, des objets qui s’empilent et qui tombent au fil des pages, sans texte.
  • Un livre avec Françoise Lison-Leroy, qui a écrit des poèmes-toupie. Je tourne autour.
  • Un livre avec Laurence Vielle. C’est quand les enfants dorment…

J’ai exposé au centre de la gravure à La Louvière jusqu’au mois de novembre. Dans le cadre de l’exposition Tralala L’Art, j’ai conçu « Super Chemin », un jeu de pistes constitué de 535 pièces en bois, caoutchouc, mousse, plexiglas… En équipage avec Fredéric Degand, Dominique Henrion et le Fablab Wapi.

  • On constate qu’il y a souvent un rapport à l’espace dans tes travaux. Joue-t-il un rôle primordial pour toi ?

Oui, il a une grande importance. Que ce soit l’espace de l’atelier, son aménagement, ses circulations, l’espace de la page, l’espace-temps qu’ouvre l’objet livre, l’espace qui m’entoure…

La découverte d’une veine de charbon il y a 300 ans m’intéresse beaucoup pour ces raisons-là aussi : parce qu’elle révèle tout un espace invisible à nos yeux. « Le réel est épais, à qui veut bien lui donner toute son attention. »

Dessiner avec du charbon, récolter différentes matières de sols, creuser, voir comment les matières s’extraient, se transforment, se trient… Toutes ces actions et observations vont amener des images ou des formes en interaction direct avec l’environnement minier.

Je suis toujours entre l’atelier et le dehors, même si malheureusement cette période le permet moins.

  • Intersections réalise cette année une exposition d’affiches, Posters Now. Pour toi, quelles caractéristiques ce format présente-t-il ? Quelles contraintes impose-t-il ? Quelles libertés propose-t-il ?

Une bonne affiche attrape le regard. Une toute petite chose dans un grand espace blanc peut nous appeler, justement parce qu’elle va contraster avec la profusion d’images que nous voyons tous les jours dans la rue ou sur nos écrans. Pas la peine de crier.

J’aime l’idée qu’une image soit vue dans la rue, au hasard. Je rêve d’affiches-appel d’air, qui nous questionnent, qui ouvrent les fenêtres et le dialogue… Je rêve de tableaux dans les abris bus, de ciel étoilé sur nos trottoirs, plutôt que KFC ou Land Rover.

Quand je réalise une affiche, le dessin est au cœur, la peinture, la main, le geste, la matière… Peut-être pour aller à rebours de ces images hyper lisses qui nous assaillent de toutes parts. 

Je laisse aussi, souvent, beaucoup de blanc dans mes images. Parce que c’est de l’espace, de l’air ou du silence et je trouve que l’on en manque. Et aussi, cet espace « vide », c’est aussi l’espace du regardeur.

Hier, j’entendais à la radio : « A toi, appartient le regard et […] la liaison infinie entre les choses. »

Je travaille rarement en quadrichromie, plus souvent en tons directs, car j’aime les couleurs, leurs éclats, leurs vibrations. C’est comme ça que j’accorde une grande attention à l’impression, au papier.
Faire une affiche est un travail d’équipe.

Une autre chose qui donne du sens, une fois que l’affiche est imprimée c’est l’endroit où elle va être collée, épinglée, placardée, encadrée, projetée… C’est aussi le contexte qui fait l’impact de l’image.

A Tournai, il y aurait un travail intéressant à faire pour réfléchir, développer, créer un mobilier urbain d’affichage public… ça manque.

Questions/Réponses

  • Un mot pour définir ton travail

Curiosité

  • Un mot pour définir le design graphique

Echanger

  • Un artiste qui t’inspire

Bruno Munari

  • Une œuvre que tu gardes en mémoire

« Bestias » de la compagnie Baro D’evel

  • Un lieu important pour toi

Les carrières à Tournai

camillenicolle.org

Thème du concours : “Rendez-vous”

Un concours…Un thème… Une exposition… à la découverte de l’actualité du design graphique.

Nous concevons notre exposition « Posters Now » à partir d’une sélection de créations issues des participations à notre grand concours de posters ouvert à tous, graphistes, artistes, confirmés ou amateurs.

Le thème imposé est « Rendez-vous » : rendez-vous amoureux, rendez-vous entre amis, rendez-vous professionnel… Rendez-vous au café du coin, rendez-vous au parc, rendez-vous en terre inconnue…

Premier rendez-vous, rendez-vous demain, rendez-vous l’été prochain…
Un rendez-vous c’est toujours un point de départ pour une histoire… Se rencontrer, se rassembler, s’aimer…


Dans le marasme actuel ambiant, nous sommes en manque de rendez-vous ! Pouvons-nous encore en prévoir ? Comment pouvons-nous réinventer notre manière de nous rencontrer ? Serons-nous bientôt nostalgiques du simple et banal rendez-vous au coin de la rue ?

Nous avons choisi ce thème qui, aujourd’hui, pose effectivement question. Il renvoi à une réalité presque oubliée, à un désir commun de pouvoir se réunir et (re)vivre ensemble.

Mais restons optimistes…

Nous vous fixons donc rendez-vous très prochainement pour proposer vos réalisations autour de cette thématique et on se retrouve au printemps 2021 pour l’exposition « Posters Now » !

Les rendez-vous d’Intersections 2021 se préparent…

Après de nombreux bouleversements dus à la période troublée que nous vivons tous en ce moment, I’asbl Intersections reprend du service et nos Rendez-Vous 2021 prennent doucement forme.

L’asbl Intersections a à cœur d’organiser des événements culturels variés autour de l’art contemporain et du patrimoine au sens large des termes. Notre mission est de sensibiliser le public, au travers d’expositions et d’activités diverses, à toutes les facettes de ces deux domaines.

Nous créons donc des événements culturels originaux et riches en découvertes pour tous, petits et grands, initiés ou novices, dans des lieux qui mettent en avant le patrimoine architectural de la ville de Tournai.

Pour ce printemps 2021, nous vous concoctons des Rendez-Vous autour du design graphique.
Un grand concours d’affiches, ouvert à tous, qui débouchera sur une belle exposition « Posters Now » (du 05/03 au 28/05) et des activités pour tous en lien avec notre thématique : workshop, conférence, projection, atelier pour enfants.

A très vite…

Natacha Belova, artiste complice du Centre de la Marionnette

Texte de Jean Bankofski – Chargé de projets culturels et européens à la Maison de la Marionnette

Dans le cadre du Festival Découvertes, Images et Marionnettes (du 20/09 au 26/09/20), Jean Bankofski nous présente l’artiste Natacha Belova, costumière, scénographe et marionnettiste d’origine russe travaillant dans notre pays depuis 25 ans.

Vous pouvez assister à la représentation du spectacle Tchaïka de Natacha Belova le mercredi 23/09 à 21h et le jeudi 24/09 à 19h à la Halle aux draps – Tournai (Grand’Place)
www.Festivalmarionnette.be

Loco ©Compagnie Belova – Iacobelli

Depuis 2018, le Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles accueille chaque année un “artiste complice”. Il est invité à mettre en place et à imaginer différents types d’actions de sensibilisation pour divers publics du Centre de la Marionnette.
Plusieurs rendez-vous sont fixés dans l’année avec, par exemple, un temps de résidence, une master class ou une formation, une exposition, une édition, une rencontre, un bord de scène…
Après avoir accueilli Pierre Tual en 2018, puis Patrick Corillon du Corridor en 2019, le Centre de la Marionnette accueille cette année 2020 Natacha Belova.

Natacha Belova

Née en Russie, Natacha Belova est une artiste autodidacte, formée en histoire et philosophie. Elle vit et travaille en Belgique depuis 1995. L’artiste se spécialise très vite dans l’art de la marionnette. C’est en menant de nombreux projets liés au théâtre, à la danse, au cirque, au cinéma ou encore à l’opéra qu’elle engrange une grande expérience. Costumière, scénographe et marionnettiste, elle mêle souvent différentes techniques dans ses créations : latex, matériaux synthétiques, powertex, impressions sur tissus…

Elle a travaillé sur les créations de marionnettes et de costumes de différents spectacles de la compagnie Point Zéro : Les Trois VieillesL’École des Ventriloques, Borgia…

Elle a également collaboré en Belgique avec le Théâtre National, le Théâtre de Poche, le théâtre Océan Nord, Dragon productions, le théâtre de la Galafronie, Le théâtre Le Public, ou encore avec la compagnie Dos à Deux (Brésil, France) et le théâtre Oani (Chili).

En 2016, elle fonde son propre centre de recherche et de formation nommé IFO asbl à Bruxelles.

En novembre 2017, elle signe sa première mise en scène, Passeggeri de la Cie La Barca dei Matti à Milan. Un projet accueilli en résidence au Centre de la Marionnette.

Natacha Belova est intervenue à plusieurs reprises au Centre de la Marionnette que cela soit lors de workshop à l’occasion du Festival Découvertes Images et Marionnettes ou lors de l’Art dans la ville en 2014. Pour cette année 2020, l’équipe du Centre de la Marionnette a invité Natacha pour trois temps forts.

Workshop, Fabrication et Manipulation ©CMFWB
Workshop, Fabrication et Manipulation ©CMFWB

Workshop de fabrication et manipulation

La transmission est un axe fondamental du Centre de la Marionnette. Cette dynamique répond à une demande de formations marionnettiques professionnelles et semi-professionnelles en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Transmettre, c’est perpétuer les traditions, faire passer « le métier », enseigner les techniques, mais aussi ouvrir les horizons, permettre d’explorer la diversité des arts de la marionnette, donner l’opportunité d’expérimenter diverses pratiques de ces arts interdisciplinaires.

La transmission prend des formes diverses et concerne des publics diversifiés : les artistes professionnels, les formateurs, le monde de l’enseignement, les publics fragilisées, les animateurs et médiateurs des opérateurs culturels, le grand public.

Du 10 au 13 septembre 2020, douze professionnels plasticiens, marionnettistes et interprètes ont été invités à suivre 4 jours de formation aux côtés de Natacha Belova et Tita Iacobelli.
Au cours des deux premières journées, les participants ont travaillé avec Natacha, pour découvrir comment modeler la terre et utiliser un matériel thermoplastique formé à haute température. Chacun a ainsi créé une tête de marionnette et une esquisse de corps.

Les deux jours suivants ont été dédiés à la manipulation, sous le regard bienveillant de Tita Iacobelli, pour donner vie aux personnages.

Résidence LOCO

Le Centre de la Marionnette défend et soutient la création contemporaine dans le domaine de la marionnette et de ses arts associés par l’accueil d’artistes en résidence.
Parce que c’est le meilleur moyen de participer à l’émergence créative tout en préservant sa fragilité, les résidences proposent d’offrir un lieu et du temps aux praticiens et aux artistes qu’ils soient débutants ou confirmés.
Véritable centre de ressources dont les activités conjuguées à son Centre de documentation et son Musée sont autant d’appui dans la genèse d’un acte créatif, le Centre de la Marionnette se propose d’accueillir et d’accompagner des résidences d’artistes professionnels de Fédération Wallonie-Bruxelles et d’ailleurs.

Il s’agit d’accompagner des formes contemporaines et singulières, s’inscrivant dans une volonté de rencontre entre les arts de la marionnette et d’autres formes de disciplines et/ou d’esthétique.

Du 15 au 19 septembre 2020, Natacha Belova et Tita Iacobelli ont été invité à travailler sur leur prochain projet de création : Loco.
Loco est inspiré d’une part de la nouvelle de l’auteur russe Nikolaï Gogol, Le Journal d’un Fou, et d’autre part de nos propres expériences. 

Le Journal d’un Fou est un conte absurde qui traite de la frontière incertaine entre folie et raison. Le héros de la nouvelle, Poprichtchine, est un fonctionnaire au bas de l’échelle. La rencontre avec Sophie, la fille de son directeur, vient bouleverser sa vie au point de l’emporter dans la folie. L’amour éprouvé pour cette femme inaccessible pousse son esprit malade dans une recherche identitaire délirante. “Peut-être que je suis comte ou général. Pourquoi ai-je l’air de n’être qu’un petit employé ? Peut-être que je ne sais pas moi-même qui je suis”.

Tchaïka – compagnie Belova – Iacobelli

Dans le cadre du Festival Découvertes Images et Marionnettes, le Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Maison de la Culture de Tournai s’associent pour accueillir, le spectacle Tchaïka.

Issue de la rencontre entre l’actrice et metteuse en scène chilienne Tita Iacobelli et la marionnettiste belgo-russe Natacha Belova, la première version de ce spectacle extraordinaire est récompensée au Chili en 2018 : meilleur spectacle et meilleure actrice.

Le spectacle a ensuite été recréé en français avec la complicité de Nicole Mossoux.

Tchaïka a recu le prix Maeterlinck de la critique comme meilleur seul en scène.

Tchaika

Dans les coulisses d’un théâtre, une vieille actrice au crépuscule de sa vie ne sait plus ce qu’elle fait là. S’approchant d’elle, une femme lui rappelle la raison de sa présence : interpréter le rôle d’Arkadina dans “La mouette” de Tchekhov. Ce sera son dernier rôle. Sa mémoire fout le camp et si elle ne sait plus tout à fait qui elle est, pas plus que son rôle, elle entend assurer la représentation. Dans sa déroute, fiction et réalité s’entrecroisent. Elle tente de suivre la trame de la pièce. Suivent des dialogues avec son fils, les abandons répétés de Trigorine son amant, qui la replongent dans son passé.

Tchaïka ©Michael Gálvez

Représentations

Mercredi 23 septembre 2020 – 21H & Jeudi 24 septembre 2020 – 19H

Halle aux Draps – Tournai (Grand’Place)

Marionnette portée

A partir de 14 ans

60 minutes

TP : 14€ / TR : 10€ / Disponible en pass soirée (Normal + Tchaïka) ou pass 3 spectacles (Normal + Tchaïka + Tria Fata)

www.Festivalmarionnette.be

Informations – réservations : maisondelamarionnette@skynet.be
032 (0)69 88 91 40

Fontenoy présentée par Daniel Locus

Fontenoy – Daniel Locus

Daniel Locus, photographe et vidéaste, a participé à la première édition d’Intersections en 2019. Il a fait don à l’asbl d’une de ses oeuvres, “Fontenoy” qui est actuellement présentée au Musée de Folklore et des Imaginaires.

L’artiste nous présente son oeuvre dans une interview.

Peux-tu nous parler de ta démarche dans ce travail de photographies verbales ? Pourquoi mêler l’image et le verbe/le mot ?

Ce travail, histoire d’Histoires, est l‘instantané à un moment x d’une réflexion au long terme sur la portée de l’image.  Le statut incertain de celle-ci, sa prolifération “informative“ mais aussi normative m’interpelle de longue date.

L’image dit tout et son contraire: selon le contexte, en séquence, illustration, images “choc“ en une. Elle séduit, explicite, veut narrer, ou laissée à elle seule se veut objective face au spectateur/consommateur.

Comment est née la série « hors de l’histoire » présentant le nom d’une ville au centre d’un paysage flou ?

J’ai voulu superposer une apparente sobriété, image neutre, floue, urbaine ou champêtre au graph incisif du mot, des noms de lieux inconnus à la présence ambiguë ou lourds de leur passé et chargés da violence, et par la suite de figures proposées, interroger le  regardeur sur sa perception de l’histoire au travers de ces noms.

Cette œuvre est fictionnelle : les lieux ne sont aucunement certifiés authentiques, le mot seul y apporte un semblant de vérité.

Spécifiquement sur la photo Fontenoy : comment est venue l’idée de ce sujet ? En quoi est-ce important de créer une telle photo dans le contexte d’Intersections ?

Fontenoy s’est imposé comme un jalon de cette cartographie particulière, banlieue de Tournai, témoin oublié d’un mortel face-à-face militaire. Cette inclusion dans le projet avait tout son sens à la fois clin d’œil à la ville qui m’accueillait et sujet de réflexion pour les visiteurs par la juxtaposition de noms comme Dresde, Bellewaerde, Sakiet Sidi Youssef.

Cette photo est aujourd’hui exposée au Musée de Folklore grâce à ton don à l’asbl Intersections : Quel est ton sentiment de retrouver ta photographie plutôt « minimaliste » et contemporaine dans le musée de Folklore et des Imaginaires ?

L’Histoire est trop souvent dissociée de la petite histoire, l’art de la guerre de la vie des hommes dont sont faites les armées, la victoire de la boucherie humaine sous-jacente. La présence de cette œuvre est une tentative de mettre l’Histoire au niveau de sa composante humaine essentielle qu’est l’homme et de poser des questions fondamentales sur l’usage étatique de la violence.

Un essai de renvoyer dos à dos l’Histoire et son récit officiel.

Raconter une histoire nouvelle du musée… à travers « Quadriptyque » de Marie-Thérèse Prégardien

Texte de Mélanie Coisne – Directrice de TAMAT, Musée de la Tapisserie et des Arts textiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Façade du musée avec les bannière de la nouvelle exposition ” TAMAT on show! La collection du musée dévoilée”

Le 1er juillet dernier et après de nombreuses semaines de confinement, le musée rouvrait enfin ses portes. Au rendez-vous : la nouvelle exposition, intitulée « TAMAT on show ! La collection du musée dévoilée ».

Pour l’occasion, les plus belles pièces de collection sont sorties des réserves, mais pas seulement. Comme le sous-titre de l’exposition l’indique, une attention particulière est portée à la sélection d’œuvres moins connues, peu montrées voire jamais exposées. Parmi elles, figurent aussi des dons et des récentes mises en dépôt. À travers les trois niveaux du musée, le visiteur découvre les acteurs belges de la tapisserie de l’immédiat après-guerre, leurs successeurs et les représentants de la « Nouvelle tapisserie » pour enfin rencontrer ces artistes contemporains qui travaillent le textile à travers l’utilisation de matériaux inédits ou encore de technologies nouvelles.

La scénographie de l’exposition est originale, claire et offre des perspectives intéressantes tout au long des différents espaces.

La signalétique a entièrement été revue afin d’orienter au mieux le visiteur à travers le parcours muséal, y compris des indications pour l’atelier de restauration, le centre de documentation, la salle de lecture ou encore l’espace de médiation.

Au milieu de la première salle s’étend « Quadriptyque », un tapis-chemin dont chaque partie peut être considérée comme une entité indépendante, mais associées les unes aux autres, elles forment un ensemble, un tout.

Marie-Thérèse Prégardien (°Esneux, 1938) n’a pourtant pas de lien direct avec les autres artistes présents dans cet espace (majoritairement liés à Forces murales, mouvement artistique rénovateur de la tapisserie de la fin des années 1940). Par sa position centrale mais discrète, car logée en contre-bas, elle renvoie plutôt vers les autres salles du musée, où le figuratif disparaît au profit de l’abstrait et où les créateurs-liciers, autrement dit les personnes qui tissent leurs propres dessins, s’émancipent et sont reconnus comme des artistes à part entière.


Marie-Thérèse Prégardien (°Esneux, 1938)
Quadriptyque (4 pièces)1987. Lin, laine. Haute lice. 240 x 320 cm
Réalisé par l’artiste
Collection de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Aux yeux de l’artiste, cette association équilibrée de couleurs se réfère aussi à son intimité, ses émotions et son être. Cette harmonie est toutefois ponctuée d’ombres et de lumières, de pleins et de vides, évoquant les contrastes et contradictions de chaque individu, propres à tout.e femme et homme.

Cette œuvre amorce l’esprit d’expérimentations qui caractérise les créations d’artistes textiles à partir des années 1990. TAMAT, autrefois « fondation », devenue ensuite « centre » puis « musée », soutient depuis sa création en 1981 la recherche artistique dans le domaine de la tapisserie et des arts textiles.

Cette double mission, qui réunit en une seule institution les volets de création – ateliers de recherche artistique grâce à l’accueil de boursiers-artistes – et de conservation – l’activité muséale en tant que telle, comprenant la médiation, l’étude et la valorisation des collections -, est unique en Belgique. 

Marie-Thérèse Prégardien en est le symbole et son œuvre exemplaire. C’est une des raisons pour lesquelles « Quadriptyque » est visible sur les différents supports de communication: nouvelles bannières et  panneaux explicatifs accrochés à la façade, écran informatif à l’accueil, signature électronique, …

Marie-Thérèse Prégardien suit une formation à l’Académie des Beaux-Arts de Liège pour devenir une licière classique. Dans sa pratique artistique, elle choisit le métier de haute lice comme technique, et le lin comme matériau de prédilection. Son esprit novateur va se manifester dans sa démarche, mise en exergue lors de la bourse de recherche qu’elle mène à TAMAT en 1987 et dont cette pièce est le fruit. Dès les années 1980, l’artiste explore l’application numérique dans ses tapisseries. « Quadriptyque » ressemble à un kaléidoscope (du grec kalos, « beau », eidos « image », et skopein « regarder ») dans lequel la juxtaposition des formes géométriques et couleurs provoquent une diffraction de la perception et de la sensation.

Présentation de l’oeuvre “Quadriptyque” de Marie-Thérèse Prégardien lors de R87

L’effet de pixellisation abstraite rend la pièce universelle, intemporelle, contemporaine et indémodable. Elle constitue le visuel parfait pour illustrer l’identité et les missions de TAMAT, mais surtout la volonté du musée de se renouveler, professionnaliser et dynamiser sans cesse, sa détermination de soutenir les artistes d’aujourd’hui et son engagement de préserver le patrimoine d’hier.

Tamat on show ! La collection du musée dévoilée
du 01 juillet 2020 au 21 février 2021
Tamat – Musée de la Tapisserie et des Arts textiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles
9 Place Reine Astrid
7500 Tournai
tamat.be

La pandémie au musée ?

La pandémie de Covid19 impacte de façon inédite notre mode de vie depuis plusieurs mois : confinement, distanciation sociale, règles sanitaires à respectées, fermeture de lieux de vie sociale, réouverture sous condition, lavage des mains, port du masque…

Les musées ont évidemment également beaucoup souffert, mais il se pourrait qu’il devienne aussi les lieux de mémoire de cette situation “historique”. Certains musées, comme le Mucem à Marseille ou le musée de la Ville de New York, s’attachent désormais à collecter des témoignages, tant oraux que matériels, afin de réunir tout ce qui symbolise “la vie au temps du Covid19”.

Pour plus de détails, nous vous recommandons cet article paru sur Slate.fr

A Tournai aussi, le Musée de Folklore et des Imaginaires s’est penché sur la crise sanitaire et à inviter les citoyens à envoyer les masques qu’ils avaient confectionnés eux-même. Une initiative originale qui nous est expliquée par Jacky Legge, chargé de la mise en conformité du MuFIm.

Le coronavirus a complètement gelé la vie du Musée de Folklore et des Imaginaires, avec la fermeture des portes, du 14 mars au 14 juin, ainsi que la mise à l’arrêt du personnel d’accueil et de gardiennage. Bien plus, c’est quasi toute l’économie du pays qui a été suspendue. Les relations familiales, amicales, professionnelles ont dû être entretenues avec des mesures de distanciation. Du jamais connu. Du jamais vécu.

Très vite, on s’est dit au musée qu’il fallait garder une trace tangible de cette révolution, d’autant qu’on ne perçoit pas encore les effets à court, moyen et long terme de cette pandémie.

Des démarches sont entreprises pour solliciter des personnes qui, dans l’urgence, fabriquent artisanalement des masques afin qu’elles offrent un ou plusieurs exemplaires de leur production originale.

La description des masques a été encodée dans le nouvel inventaire électronique du musée mis en ligne grâce à Proscitec.

Mais il s’agit aussi de les rendre visibles au sein des collections. C’est Christopher, jeune gardien, qui suggère de masquer les visages des mannequins. Aussitôt dit, aussitôt fait, avec l’aide de Cyrielle, autre jeune gardienne arrivée récemment dans l’équipe.

C’est ainsi que, le 28 juin, Gramère Cucu se retrouve avec un masque confectionné dans un ancien fanion orné de la cathédrale et cousu sur un morceau de sac en tissu avec le graphisme de Denis Meyers. 

Des masques réalisés avec des tissus aux motifs en forme de crâne sont passés sur le visage du tisserand et du fabricant de bas. Le cabaretier est équipé du masque rouge distribué à Brunehaut.

Sensible à cette idée, le bourgmestre transmet le masque que lui a confectionné une de ses deux filles. Il est orné d’une étoile caractéristique de shérif, en référence à l’un de ses surnoms familiers.

Jacky Legge, chargé de la mise en conformité du MuFIm.

“Enseigne” de Dany Danino

Lors de la première édition de la Triennale d’art contemporain de Tournai, INTERSECTIONS, Dany Danino a réalisé l’oeuvre “Enseigne”, présentée sur le mur d’entrée du Musée de Folklore et des Imaginaires. Cette installation urbaine pérenne est composée de nombreux dessins rappelant des éléments emblématiques de la “cité des 5 clochers” et des objets des collections du musée.

L’artiste nous parle de son oeuvre, de sa technique et de ses inspirations.

Dany Danino “Enseigne”, 2019 – Sur le mur d’entrée du musée de Folkore et des Imaginaires
Photo : Shot and Spicy photography

L’œuvre « Enseigne » est réalisée sur de la porcelaine. Comment appréhender ce support, a-t-il changé quelque chose dans la conception de cette œuvre, a-t-il induit certaines choses ?

La porcelaine s’est imposée naturellement pour la création de ce travail. C’est un vieux rêve qui trouve sa source dans l’esprit des Azulejos du Portugal. Ces faïences me fascinent de par leur coté dense et baroque. Composées de volutes d’azur, elles évoquent l’humanité et son mouvement perpétuel et insondable. La Chapelle des Âmes à Porto ouvrant ses façades, telle un livre au passant, en est l’exemple le plus emblématique à mes yeux.

Ces carreaux de céramique imprègnent mon imaginaire plastique d’inspirations fécondes et répondent à une sublimation poétique.

Sous un angle plus pragmatique, la réalisation d’une faïence nécessite d’en comprendre les enjeux et spécificités matérielles afin de les questionner durant le processus technique.

C’est une connaissance en soi qu’il faut assimiler afin d’en saisir ensuite la résultante plastique. Il en va de même pour toutes les techniques dont j’use (dessin, gravure, lithographie, sérigraphie, peinture, …) et des matériaux qui les caractérisent (stylobille, pastel, aquarelle, encre, huile, …).

Toutes ces techniques, travaillées sur des supports très variés, donnent lieu à des actes de la main hybrides.

Dany Danino “Enseigne”, 2019
Photo : Shot and Spicy photography

L’une des caractéristiques de votre travail est superposition des références, la répétition des motifs
Cette profusion d’images mises ensemble ne permet-elle pas de partir du particulier (ici le folklore de Tournai) pour se perdre dans le général (notre imaginaire collectif) ?
 

J’affectionne les figures qui se complètent, s’additionnent, se saturent, se traversent, se transpercent, appelant un certain enlisement de l’image. La contamination répétitive de la figure peut être réelle ou s’amalgamer tel un phasme jusqu’à devenir in/forme. La distance joue aussi son rôle.

A proximité, certaines choses sont reconnaissables ou à contrario méconnaissables. Le support est permutable, visible sur chacun de ses côtés. La limite entre figuration ou abstraction est fictive : cette détermination ne m’intéresse pas. La facture se matérialise à l’endroit où l’œil parvient non pas à décrire mais à formuler une partition de signes.

En ce sens, la démultiplication des techniques me fascine, tout comme celle des images. Ma curiosité n’a pas de limite par rapport à ce que la main sait et peut restituer. La question des savoir-faire dits « traditionnels » et de leur prolongation est plus que jamais d’actualité.

L’artiste du présent est celui qui poursuit une pratique dans la pleine conscience de l’instant. L’imagier graphique qui jalonne l’œuvre « Enseigne » qui se situe au coin de la rue du Musée du Folklore et des Imaginaires de Tournai est un écho direct au musée et à sa ville. On peut y découvrir : des crânes, des crucifix, la cathédrale, une reproduction du duc d’Egmond de Gallait, des masques du folklore tournaisien, un réverbère, un vierge à l’enfant, des mannequins articulés, … et ce dans une scénographie digne d’une carte heuristique.

A l’extérieur, ces thèmes sont peints sur des carreaux de céramique découpée au format d’un calice de Vauban. Du centre de l’œuvre s’excentre un éclat, un rayonnement qui ouvre la composition vers l’extérieur. Dans l’espace public, la faïence « Enseigne» sur l’intime mémoire humaine conservée.

Dany Danino “Enseigne”, 2019
Photo : Shot and Spicy photography

Présenter une œuvre dans la rue, c’est la sortir de son environnement habituel, ce qui a été le leitmotiv de la première édition d’Intersections, comment avez-vous appréhendé cela ?

La liberté et la palette d’expression qu’« Intersections » m’a permis de mettre en œuvre constituent sans nul doute son point fort. C’est une expérience assez unique dans une vie que de pouvoir sortir d’un espace de galerie, habituellement plus diaphane, et de répondre à 10 lieux divers simultanément.

Ce sont finalement des partitions hétéroclites. Dans chaque espace, un dialogue s’est construit avec le bâtiment, le conservateur et la collection.  Il s’agissait aux Beaux-Arts, au Musée du Folklore et au Musée des Sciences Naturelles de devenir un caméléon, de s’intégrer dans les collections comme si nous avions toujours été là.

Les dispositifs dans ces trois cas utilisaient la structure possible et existante, tout en investiguant l’identité du lieu. Au Tamat et à l’Office du Tourisme, le dispositif était plus proche d’un accrochage dans une gallerie : comment envisager une succession d’images de manière plastico-conceptuelle ? L’église Saint-Jacques est la cerise sur le gâteau, un défi sans mesure, où la répartie monumentale d’un Christ suspendu horizontalement en 3 vélums est en soi la recherche d’un absolu.

Il me semble avec le recul que le parcours et la rencontre sociale et culturelle de tout un chacun avec ces ouvrages in situ fut L’occasion unique d’un parcours initiatique en soi. En ce sens, l’œuvre « Enseigne », située dans l’espace publique de façon définitive, reste à l’épreuve du regardeur au fur et à mesure du temps et des saisons.

Elle constitue aussi une trace immémoriale de la première triennale.

Regards sur la collection du Musée des Beaux-Arts à l’occasion de l’exposition “Plis. Art & Textile”

Texte de Julien Foucart – Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Tournai

Vue de l’installation de Johan Muyle (Mon Manège à moi c’est toi, 1991-2020, techniques mixtes, Collection Fédération Wallonie – Bruxelles) et son environnement dans le hall du Musée des Beaux-Arts de Tournai
photo : Robin Legge

Partant de la redécouverte d’une œuvre ou d’une thématique, le Musée des Beaux-Arts met en place une nouvelle série d’expositions proposant des regards diversifiés sur sa collection. Nous invitons des auteurs, des créateurs contemporains, des étudiants ou des commissaires d’exposition à raconter une histoire nouvelle du musée.

Johan Muyle & les étudiants de l’atelier « sculpture » de La Cambre.

A l’occasion de l’exposition Plis. Art & textile et de l’installation de l’œuvre Mon Manège à moi c’est toi de Johan Muyle, nous avons invité l’artiste belge, de renommée internationale, et ses étudiants de la section ‘Sculpture’ de La Cambre (Bruxelles) à intervenir dans l’atrium du musée.

Mon Manège à moi c’est toi fait partie d’une série de sculptures d’assemblages réalisée par Johan Muyle au début des années 90.

Mise en mouvement par un mécanisme électrique, elle est la conjonction de représentations issues de cultures : une copie en plâtre d’une tête de déesse antique grecque – référence pour la statuaire de l’art occidental – est complétée d’une large robe qui, par ses tournoiements, fait quant à elle écho à la culture orientale et ses célèbres derviches tourneurs.

Vue de l’installation de Johan Muyle (Mon Manège à moi c’est toi, 1991-2020, techniques mixtes, Collection Fédération Wallonie – Bruxelles)
photo : Benoit Dochy
Installation des étudiants de l’atelier Sculpture de Johan Muyle à La Cambre
photo : Benoit Dochy

Tournant continuellement sur elle-même, jusqu’à l’absurde, cette sculpture hybride et métissée condenserait-elle l’image d’un monde dans lequel différentes cultures veulent cohabiter mais qui pourtant « ne tourne pas rond » ?

L’intitulé de l’œuvre, emprunté à la chanson écrite par Jean Constantin et popularisée par Édith Piaf, explore d’ailleurs ce rapport à l’autre en confrontant à l’échelle planétaire le sentiment amoureux où l’être aimé « fait tourner la tête ».

Tu me fais tourner la tête
Mon manège à moi c’est toi
[…]

On pourrait changer d’planète
Tant qu’j’ai mon coeur près du tien
[…]

Pour qui elle se prend, la terre?
Ma parole y a qu’elle sur Terre
Y a qu’elle pour faire tant de mystères
Mais pour nous il y a pas de problèmes
Car c’est pour la vie qu’on s’aime
Et s’il y avait pas d’vie même
Nous on s’aimerait quand même

Edith Piaf, Mon manège à moi (1958)

Comme son titre l’indique, cette œuvre dynamique est conçue pour entrer en interaction avec le spectateur mais aussi, comme souvent chez l’artiste belge, avec l’environnement qui l’entoure.

C’est ainsi qu’à l’occasion de l’exposition “Plis. Art & textile”, Johan Muyle a repenseé la mise en place de son œuvre au sein du vaste hall du musée, d’ailleurs conçu par Victor Horta pour accueillir la collection de sculptures.

Dans ce contexte et durant un atelier de deux journées en compagnie de ses étudiants de la section Sculpture de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre, ils ont opéré un choix parmi les œuvres en trois dimensions de la collection. L’agencement déroutant qui en résulte montre la face cachée de certaines pièces du musée et invite le visiteur, déambulant dans les espaces, à se créer ses propres associations.

On pourra sans doute percevoir dans ce parcours original, l’idée, chère à Brancusi, que la sculpture doit aspirer à être « une forme en mouvement ». Les œuvres de Guillaume Charlier, Jef Lambeaux, Jacques de Lalaing, Charles Van Der Stappen ou Georges Minne, choisies pour environner l’œuvre animée évoquent en effet le rôle fondamental joué par le pli ou le drapé pour exprimer la vie et défier la condition statique de la statuaire.

Jacques De Lalaing, L’Orateur, étude pour le Monument Jules de Burlet, Bourgmestre de Nivelles, Plâtre, 1899
photo : Benoit Dochy
Bathélémy Frison, Jeune fille au camée, marbre, n.d.
photo : Benoit Dochy

Du peplos (tunique de femme sans manche) de la statuaire antique au pli « à l’infini » de l’art baroque, le drapé fut sans aucun doute une préoccupation majeure pour les artistes qui traduisent sa matérialité tant sur une surface picturale que dans la dureté du marbre.

« Draperie » est d’ailleurs un mot  appartenant au champ lexical de l’art, utilisé pour analyser et identifier les écoles, les styles, les artistes.  Les drapés constituent dès lors un exercice de style mais sont aussi, bien plus qu’un anodin accessoire, un outil expressif pour les artistes.

Exposition / Collection Plis
Musée des Beaux-Arts de Tournai
Rue de l’Enclos Saint-Martin 3
7500 Tournai
https://mba.tournai.be/

Exposition jusqu’au 13 septembre 2020


Réservation en ligne obligatoire : https://mba.tournai.be/reservation

Annulation 2020 – Rendez-vous 2021

– Annulation –

Intersections a pris la décision, difficile, d’annuler tous les événements prévus cet été.
Nous avons fait ce choix car il nous semblait impossible de pouvoir vous faire profiter pleinement de nos événements dans les conditions sanitaires actuelles.

– Rendez-vous en 2021 –

Nous sommes déjà à pied d’œuvre pour vous préparer les « Rendez-vous 2021 » d’Intersections!
On se retrouve au printemps prochain avec notamment l’exposition « Posters Now? »
Participez au concours d’affiches jusqu’au 01/02

– Découvrez notre I-Mag –

Pour vous faire patienter, nous vous préparons du contenu autour de nos sujets de prédilection : l’art contemporain et le patrimoine.
Des partages, des articles, des interviews… Stay tuned!!!

Modifications agenda “Rendez-vous 2020”

Au vu de la situation actuelle générée par la pandémie de Covid 19, l’équipe d’Intersections a pris la décision de modifier certaines dates dans l’agenda de ses “Rendez-vous 2020”

Drapeaux sans frontières

Exposition, à TAMAT, Musée de la Tapisserie et des Arts Textiles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, présentant les travaux d’étudiants et les expérimentations d’artistes confirmés autour du projet “Grand Large – Territoire de la pensée” de Bruno Robbe et Daniel Dutrieux

L’exposition est annulée

Contrastes

3 jours de concerts de musique classique et contemporaine accompagnée de projections artistiques

Le festival est repoussé
Nouvelles dates : les 4,5 6 décembre 2020

Université d’été de Wallonie picarde

Nous avons dû prendre la lourde décision d’annuler l’édition 2020 de l’Université d’été de Wallonie picarde.

En effet, il nous a semblé très compliqué de mettre en place et de faire respecter durant toute la semaine de stage les mesures de sécurité sanitaire indispensables, surtout pour des stages artistiques où la promiscuité et l’échange entre élèves et professeurs est difficile à interdire.

De plus, nous aurions dû annuler non seulement l’exposition de fin de stage mais également toutes les activités annexes de l’UEWP : barbecue, projection de film, petite restauration à midi, bar et boissons à disposition des élèves et professeurs… Tout ce qui fait aussi partie du charme et de la convivialité de l’UEWP. Nous aurions dû nous en tenir au cours dans des règles très strictes, cela ne nous semblait pas envisageable.

Enfin, nous avons vu un réel engouement lors de l’annonce de l’ouverture des inscriptions, mais depuis le début du confinement, nous avons constaté un fort ralentissement voire, depuis quelques semaines, un arrêt total des inscriptions et même quelques désinscriptions de stagiaires ne voulant prendre aucun risque, et nous le comprenons bien entendu. La perspective de ne pouvoir remplir tous les stages au minimum, nous a aussi poussé à prendre notre décision.

Nous sommes évidement déçus d’avoir eu à prendre cette difficile décision, nous qui nous faisions une joie d’organiser notre première édition de l’UEWP avec Intersections, mais au vu des circonstances et dans le climat tendu actuel, nous avons dû nous y résigner.

Cela dit, nous ne renonçons pas évidement, nous comptons bien revenir l’année prochaine dans de meilleures conditions, croisons les doigt !

Posters Now?

Le concours et l’exposition “Posters Now?” restent sur leurs rails et aux dates prévues !

Vous avez envie de tenter votre chance de gagner un magnifique prix et d’être exposé pendant un mois en plein coeur de Tournai ?

N’hésitez plus, participez au concours dès maintenant et jusqu’au 26 juillet !!